Régime végétarien et vegan

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Régime végétarien et vegan

Message par Nath25 le Mar 8 Aoû - 11:55

"De nombreuses personnes se refusent à consommer de la viande (végétariens) et certaines rejettent également tout ce qui découle de "l'exploitation animale" (vegan) ce qui, outre l'alimentation, induit le refus de porter certains vêtements (laine, cuir) et d'utiliser les produits testés sur les animaux. Afin de respecter au mieux leurs convictions, quelques propriétaires de chiens et de chats n'hésitent pas à administrer le même régime alimentaire à leur compagnon à quatre pattes. Est-ce vraiment une bonne idée ? Sciences et Avenir a demandé son avis au Docteur Géraldine Blanchard, spécialiste en nutrition clinique vétérinaire.

Sciences et Avenir : Actuellement, il existe un développement des gammes d’aliments vegans et végétariens destinées aux chiens et aux chats, que pensez-vous de ces produits ?

Docteur Géraldine Blanchard : Cela répond peut être à une demande d'une certaine frange de clients potentiels, c'est à la mode. Mais avoir un chien ou un chat, physiologiquement carnivore, et vouloir en faire un végétarien me semble une démarche étrange alors qu'il est si simple d'avoir un animal de compagnie végétarien, car cela existe.

Selon les adeptes de cette alimentation, outre les raisons éthiques, ils estiment que les produits habituels contiennent des « OGM, des conservateurs, des sous-produits, des toxines » nuisibles pour la santé de leur animal, qu’en pensez-vous ?

Il existe une quarantaine de nutriments indispensables que l'on doit recevoir dans l'alimentation quotidienne pour rester en bonne santé, être capable de se reproduire... La majorité des nutriments indispensables sont les mêmes pour tous les mammifères, bien que la quantité diffère entre les espèces. Par exemple, concernant le calcium, le chien a un besoin trois fois supérieur à celui de l'homme. De plus, il y a quelques nutriments qui sont indispensables à certains mammifères et pas à d'autres. Non seulement par leur quantité, mais aussi par leur forme d'apport, et/ou leur origine. Par exemple, l'homme peut fabriquer la vitamine D s'il s'expose suffisamment aux rayons solaires. A l'inverse du chat qui en est incapable. Pour pallier cela, ce dernier doit consommer de la vitamine D sous forme animale (vitamine D3) dans son alimentation ce qu'il fait en consommant le foie de ses proies. Et cela est pareil pour la vitamine A. L'homme peut utiliser soit la forme animale directement active, le rétinol, soit la forme végétale, le beta-carotène, aussi appelé pro-vitamine A. Alors que le chat a besoin exclusivement de la forme animale de cette vitamine. Un chat est physiologiquement carnivore, ce qui signifie qu'il doit, pour rester en bonne santé, consommer des nutriments d'origine animale. Pour lui, un régime végétarien est par conséquent anti-physiologique. A fortiori un régime vegan.

Une alimentation végétarienne ou vegan peut-elle être adaptée aux besoins nutritionnels d’un chien ? D’un chat ?

On peut considérer qu'une alimentation industrielle végétarienne est possible, si les nutriments nécessaires à la bonne santé de l'animal y sont ajoutés sous formes synthétiques. La liste est assez longue : acide arachidonique, taurine et les bonnes doses d'acides aminés tels l'arginine, le tryptophane, la phénylalanine et la tyrosine, entre autres avec également des vitamines A et D. En outre, il faut suffisamment de protéines pour que l'animal conserve sa masse maigre (muscles). Il est rare de voir des aliments végétariens permettre l'apport d'assez de protéines. De plus, le fait que les protéines soient uniquement végétales pose deux problèmes : soit elles sont dans les mêmes sources que des glucides (comme pour les graines de légumineuses) et apportent ainsi avec elles une quantité excessive de ces glucides qui seront mal digérés, créant un inconfort digestif ; soit elles sont issues de ces graines après extraction ou purification, par exemple de gluten ou de protéines de soja concentrées, et sont peu appétentes lorsqu'elles sont apportées en grande quantité dans un aliment. Autrement dit, une ration ménagère vegan est totalement impossible à équilibrer pour un chat, comme pour la plupart des chiens. Cependant, elle reste possible pour certains chiens (modérément actif, adulte et ne se reproduisant pas).

Selon vous, quelle est la meilleure alimentation (nourriture maison, croquettes, pâtés, vegan ou non) possible pour un chien ? Un chat ?

L'alimentation industrielle est pratique d'utilisation, mais la qualité est variable. Chaque animal doit rencontrer son aliment. Il faut un mois de consommation pour vérifier :

Que le poids de l'animal ne change pas : cela signifie que la quantité d'aliment consommée est sûrement la bonne.
Que les masses musculaires restent en place : regardez les muscles au-dessus des yeux de votre chien, ils ne doivent pas se creuser.
Que le poil est brillant : la peau et le poil sont le reflet de la qualité de l'alimentation, car ils consomment environ 30% du besoin en protéines et leur bon état nécessite également des acides gras oméga 6 et oméga 3 et de nombreux micronutriments (vitamines, oligo-éléments...).
Que l'animal est tonique : l'alimentation est à remettre en cause si l'animal devient lymphatique, fatigué ou faible.
La nourriture maison est qualitativement meilleure principalement parce que les matières premières subissent moins de traitements, en particulier thermique, ce qui fait qu'une ration ménagère est très digestible : le premier constat des propriétaires qui changent pour une ration ménagère est de s'inquiéter de voir seulement la production d'une petite quantité de selles ! De plus, cette solution permet de voir ce que l'animal consomme. Cependant, ce régime peut être le pire si l'on n'a pas les bonnes quantités des bons ingrédients.

Les conseils du Docteur Blanchard :
Si vous êtes adepte de la nourriture maison pour votre chien, n'oubliez pas les deux petits composants qui apportent pourtant 40 à 50 % des nutriments indispensables à sa bonne santé : l'huile de colza et un complément de minéraux et de vitamines. Pour votre chat, optez plutôt pour un aliment industriel humide (pâtée ou ration ménagère) ou une partie sous cette forme et une autre partie sous forme de croquettes auxquelles vous pouvez ajouter des petits dés de courgette. Contrairement à la pratique la plus répandue des croquettes à volonté en plus du sachet matin et soir, la quantité de croquettes laissée à disposition chaque jour doit être limitée en quantité, en particulier pour un chat stérilisé et sans accès à l'extérieur."
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Re: Régime végétarien et vegan

Message par Nath25 le Mar 8 Aoû - 12:32

Un article de Karine Freund-Vernette, paru dans la revue Alternatives végétariennes n°127 (printemps 2017).

C’est un de ces dilemmes, un peu inattendus, auxquels on se confronte quand on a arrêté la viande et/ou rejeté l’exploitation animale : comment nourrir son chien, son chat, son furet, sans renoncer à l’éthique ? D’avis péremptoires en doutes prudents, l’heure de la gamelle cristallise des arguments parfaitement contradictoires. Pas question ici de trancher, pas même de prétendre à l’exhaustivité sur la vaste question des animaux de compagnie. Juste d’esquisser quelques pistes et ressources pour considérer la question sous plusieurs angles.

L’une des motivations du végétarisme, et à plus forte raison, du véganisme, est le refus de l’exploitation animale. Il est alors contradictoire d’y recourir pour alimenter ses animaux de compagnie. Il faut pourtant se rendre à l’évidence : ces complices choyés sont carnivores. Une dentition conçue pour déchiqueter, un système digestif court, des enzymes spécialisées dans l’assimilation des fibres musculaires, et le qualificatif de carnivores stricts pour les chats… Leur métabolisme nécessite une part importante de protéines, et des éléments comme la taurine, dérivé d’acide aminé présent dans les viandes et que le chat ne peut pas synthétiser, ou la L-carnitine, composé aminé davantage présent dans les aliments d’origine animale. Bref, les tableaux nutritionnels qui leur conviennent sont très différents de celui des humains. Comme la recherche du bon sens amène souvent à se référer à ce qui est naturel, ou perçu comme tel, on en conclura rapidement que nos invités resteront à la viande, puisque telle est leur nature.

On peut cependant retourner l’argument. Les chiens sont des carnivores non stricts, ils peuvent donc naturellement digérer les protéines végétales. À l’état sauvage ou semi-sauvage, le régime essentiellement carné des chats sollicite beaucoup leurs reins, qui sont justement leur point faible. Un problème dont ils n’ont que peu le temps de pâtir : leur espérance de vie est de cinq à huit ans[1], loin de la quinzaine d’années bien tassée à laquelle peut prétendre le félin de canapé. Les chats d’appartement, comme les races canines issues d’une longue sélection, ont peu de points communs avec le mode de vie de leurs ancêtres. Les pathologies liées au vieillissement sont inexistantes à l’état de nature, et la vie sauvage ne tient pas compte des questions de race, d’activité physique, de période de la vie ou de nécessités de santé… Dans un contexte très lié à l’humain, se baser sur le « naturel » est finalement peu pertinent.

Il reste, diront les tenants d’une alimentation traditionnelle, l’anthropomorphisme de maîtres qui imposent leurs choix éthiques à des animaux qui n’en ont que faire. Mais nourrir, c’est forcément effectuer un choix. La question essentielle est : répond-on aux besoins de l’individu ? Si, quand on décide de faire une place à un compagnon non-humain, on peine à se faire une raison, on peut aussi botter en touche : lapins, rats, souris, hamsters… sont végétaliens. Ce qui ne met pas à l’abri d’autres dilemmes. Dont le premier est : quelle est la légitimité de l’humain à détenir des animaux pour son agrément ?

De la nuance, et beaucoup de lecture

Chiens et chats gardent leurs attributs de carnivores, mais leurs besoins se sont modifiés et le modèle pour y subvenir mérite quelques amendements. La plupart des vétérinaires considère l’alimentation végétale inadaptée aux chiens et plus encore aux chats[2], mais beaucoup voient des avantages à une nourriture plus variée, voire à des « cures » végétariennes dans certains cas. Certains estiment possible un régime sans viande pour les chiens. Et quelques-uns, plus rares et sans doute militants, ont mis au point des menus végéta*iens pour carnivores de compagnie.

Rien n’est moins naturel que de nourrir un animal. Surtout avec des aliments cuits. Et à plus forte raison avec des croquettes ou pâtées issues de processus industriels. Si on dispose d’informations précises sur leurs besoins en général, certains points, comme la digestion des céréales ou le volume du bol alimentaire, ne font pas l’unanimité. On manque aussi de retours fiables et concordants sur les conséquences objectives du végétarisme ou du végétalisme pour les chiens et chats. Des données seront peut-être disponibles grâce aux refuges véganes qui utilisent des aliments végétaux, généralement de marques réputées… ou à tous ceux qui entretiennent un dialogue fécond, hautement recommandé, avec leur vétérinaire. D’autant que les déséquilibres alimentaires sérieux se manifestent sur le long terme.

Proportions et qualité

En pratique, viande ou pas, la gamelle doit contenir tout ce qui concourt à la bonne santé de l’animal. La supplémentation est indissociable de la gamelle végé : certains nutriments vitaux ne se trouvent que dans le règne animal, et l’équilibre alimentaire est bancal si on se contente de végétaux. Les recettes de nourriture végéta*ienne prête à l’emploi recourent évidemment à des additifs. Mais les croquettes et pâtées carnées aussi : les sur-cuissons détruisent des éléments, la taurine, par exemple, qu’il faut ajouter au produit fini. La nature même des matières premières animales est souvent médiocre nutritionnellement, sans même parler d’éthique. À bas prix pour le fabricant, on assaisonne des sous-produits animaux, donc aussi des poils, des ongles, des yeux, voire des selles, ou des viandes à la provenance potentiellement (encore plus) douteuse. On retrouve ainsi parfois au détour d’un test des produits utilisés pour l’euthanasie, des traces d’animaux malades, des pesticides interdits en France… De sorte que certaines listes d’ingrédients ressemblent à un genre de bricolage d’ingrédients déshydratés, fragmentés, extraits… fort éloigné des images portées sur le devant du paquet. Et le prix n’est malheureusement pas un gage de qualité suffisant. Les aliments carnés ne sont donc pas moins « artificiels », dans leur majorité, que les produits végés. Et pour la qualité sanitaire, les céréales et légumineuses n’ont certainement rien à envier aux déchets de l’industrie de la viande incorporés dans la plupart des aliments tout prêts.

Les valeurs affichées par les bilans nutritionnels des aliments végés ou carnés renseignent sur les besoins couverts par l’aliment. Du moins en théorie, car ce qui est présent dans le produit n’est pas forcément assimilable, une réserve émise plus particulièrement pour les aliments végés fabriqués sur une base riche en amidons et glucides, plus difficile à adapter au système digestif des carnivores. Si la nourriture industrielle peut heurter un certain sens de la « bonne bouffe », on peut aussi lui reconnaître quelques mérites : elle est facile d’accès, pratique, économique, et permet de limiter les erreurs de dosage, particulièrement en micronutriments. Un même produit peut cependant avoir des effets différents selon les individus, et végé ou pas, il faut parfois tester plusieurs marques avant de trouver son bonheur. De même, certains compagnons trouveront aisément leur compte avec des aliments végétaux, et d’autres pas. Logiquement, la plupart des aliments tout prêts tendent vers des valeurs comparables pour des produits de même gamme. On choisit donc aussi selon la liste des ingrédients, le prix et le bilan écologique du produit.

Maître et cuistot ?

Toutefois, si on se sent l’âme conquérante, on peut tenter le fait-maison. Et retrouver l’exaltation parfois teintée de perplexité de sa propre transition alimentaire… On trouve ainsi sur internet des recettes végétariennes et végétaliennes calibrées pour chiens et chats, la plupart mises à disposition par des maîtres végéta*iens[3]. Les compléments alimentaires indispensables y sont intégrés. Comme en alimentation humaine, des informations solides et un dosage soigné sont requis pour espérer le sans-faute.

Acquérir des connaissances en nutrition animale est un atout pour remplir en connaissance de cause et avec sérénité la gamelle de ses compagnons non-humains. Il faudra alors du temps, de la persévérance et quelques compétences scientifiques, pour trouver des sources concordantes et démêler le pertinent de l’insuffisant. Les végés ont de quoi guetter avec un intérêt renouvelé les progrès des viandes synthétiques et in vitro…

Changer de régime, mode d’emploi

Chiens et chats ne sont guère gastronomes, la nouveauté a même plutôt tendance à les rendre méfiants. De plus, leur système digestif s’accoutume à une nourriture identique au fil du temps : un changement graduel facilite l’adaptation de la flore intestinale. Comment s’y prendre pour leur faire accepter de nouvelles croquettes, ou changer tout à fait de régime ?

S’il s’agit de changer pour un aliment similaire, c’est assez simple, surtout pour les chiens. Une portion de nouvelle nourriture à côté de la gamelle habituelle peut suffire à modifier l’habitude en quelques jours, voire sur un seul repas. Il faut toutefois veiller à ne pas augmenter la quantité totale, et retirer ce qui n’aura pas été consommé pour toujours présenter une nourriture fraîche.

On peut aussi recourir à des ingrédients appétents, comme la levure ou les huiles végétales, ou tiédir légèrement une pâtée. Certains préconisent une journée de jeûne pour les chiens, en laissant de l’eau fraîche à disposition : un meilleur appétit augmente l’attrait du nouvel aliment.

Pour les chats, plus méfiants, ou quand le changement est plus important, par exemple pour passer à une alimentation végétale, une transition douce est préférable pour éviter les désordres digestifs. Par exemple, en conservant trois parts des croquettes habituelles pour une part des nouvelles. On maintient ce ratio trois à cinq jours selon la sensibilité de l’animal. Puis on fait moitié-moitié pour quelques autres jours, jusqu’à proposer une gamelle entièrement remplie du nouvel aliment. Si ça coince, on reprend à l’étape précédente, éventuellement en introduisant la nouvelle nourriture plus progressivement.

Si votre chat reste réfractaire au changement, la croquette nouvelle peut commencer par s’inviter en dehors des repas : quelques-unes dans un tunnel de jeu, ou cachées dans des jouets type pot de yaourt, l’aideront à se familiariser.
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